
Construire avec des bouteilles ?! Les gens peinent à le croire quand je leur en parle. C’est pourtant le rêve fou qu’a eu un jour Andreas Froese, un écologiste allemand, qui est parti vivre plus de 10 ans en Amérique centrale. Sa technique est simple mais révolutionnaire : il réutilise les bouteilles plastiques et les remplit de sable, de sorte qu’elles deviennent dures et remplacent les briques. Les bouteilles ainsi collées les unes aux autres sont liées par un simple mélange de mortier. Les résultats sont surprenants : en une décennie, il a expérimenté sa technique en bâtissant des puits, des ponts, des maisons. Et cela tient toujours.
Etudiant à Sciences Po Paris, je réalise ma 3e année universitaire à Bogota, en Colombie, par un stage auprès d’une ONG, Arcangeles, qui œuvre pour la réinsertion des populations défavorisées. La Colombie est un pays qui ne correspond pas du tout aux clichés que nous avons trop souvent, malheureusement, en Europe. Non, la Colombie ce n’est pas Ingrid Betancourt, ce n’est pas la guerre civile, ce n’est pas les FARC, qui ne sont soutenus que par M. Chavez. Bogota est une ville dynamique mais très disparate entre le nord et le sud, ce sont véritablement deux villes au sein d’une seule où les inégalités -comme partout en Amérique latine- sont criantes. Là où les gens du nord peuvent vivre selon des standards nord-américains, les gens du sud n’ont souvent pas assez d’argent pour acheter une simple machine à laver, si bien qu’ils doivent les louer pour une nuit. Autrement, les Colombiens sont des gens très ouverts et très chaleureux. Enfin, il faut savoir que la Colombie est le seul pays d’Amérique latine à être resté à droite avec Alvaro Uribe, un Président souvent qualifié d’autoritaire. Mais une chose sur laquelle s’accordent tous les Colombiens, qu’ils apprécient ou détestent M. Uribe, c’est que ce dernier a tenu ses engagements de campagne et la violence civile s’est considérablement résorbée en une décennie, de sorte que la plupart des routes du pays sont à présent sécuritaires. Dire qu’il n’a rien fait en la matière serait de pure mauvaise foi.
Je m’occupe donc d’un projet intitulé « Reciclando Sueños » (Recycler des rêves) : il s’agit de construire un stade de football avec des bouteilles recyclées pour des enfants dans un quartier défavorisé de Bogota. En coopération avec le Président du quartier, José Miguel, et la police locale, nous souhaitons construire un endroit d’échange culturel et sportif pour la communauté, afin d’inciter les jeunes à ne pas tomber dans la délinquance urbaine et à se consacrer au sport. L’action de José Miguel en la matière est éloquente. En un an de mandat, la violence a considérablement diminué dans son quartier et par ce projet, il souhaite montrer que les jeunes et les policiers ne sont pas ennemis.
Lorsque j’ai rencontré Andreas, la première chose qu’il m’a dite, c’est qu’il était heureux que sa méthode soit « volée », mais qu’il souhaitait plus que tout qu’elle soit bien recopiée. Il m’expliquait ainsi que si le résultat n’était pas esthétiquement beau, les gens se diraient que cela ne vaut pas la peine de construire avec des déchets. Or, c’est justement toute la révolution de cette technique : on peut construire quelque chose de beau et à moindre coût. Facilement recopiable, cette technique peut réduire les coûts de moitié et permettre à des populations défavorisées de bâtir leurs propres demeures.
Social et économique, ce projet est enfin environnemental par le recyclage des bouteilles que nous réalisons. Alors que la Colombie produit plus de 20 000 tonnes de bouteilles en plastique par an, cette technique des solutions de long terme au problème des déchets causés. Là où il y a un problème, nous le transformons en atout. Et on peut en faire quelque chose de beau et bien… en plus !
Loin des clichés de l’étudiant de droite de Sciences Po partant réaliser son stage à Wall Street chez les requins de la finance, j’ai souhaité réaliser ce projet, réellement novateur, qui s’inscrit dans une logique de développement durable. Oui, jeunes de droite ont aussi une conscience sociale et environnementale, n’en déplaise à certains. Pourtant, ce projet n’est ni de droite, ni de gauche. Nous ne bâtissons pas seulement un stade de foot pour « assister » des populations défavorisées, nous leur donnons des outils et des techniques pour qu’ils s’en sortent eux-mêmes.
Jonathan Pinet